Concerts & Festival Musica Nigella

Réseau des festivals en Côte d'Opale / Région Hauts-de-France

Thème 2017

Note d'intention artistique

Chaque année, Takénori Némoto, directeur artistique de Musica Nigella propose un thème annuel autour duquel il construit une programmation éclectique qui a fait la renommée du festival à travers la France

Thème 2017 / Magie

Note d'intention artistique

Il parait que cela se voit : je suis le « petit dernier » de la famille. Lorsque j’étais enfant, ma mère me couchait toujours en premier en plein milieu de cette vaste pièce à tatami où dormait toute la famille, sur un petit futon, coincé entre deux grands destinés à accueillir mes parents. Je me trouvais ainsi seul chaque soir, dans le silence quasi complet de cette immense chambre à coucher qui se trouvait à l’étage et ainsi suffisamment éloignée du salon où tout le reste de la famille profitait encore de la soirée. Là, tous les soirs, seul, sans avoir vraiment sommeil, j’attendais une visite. Mais laquelle ? Eh bien, celle d’un être étrange qui apparaissait à chaque fois à un endroit précis du plafond en bois de cèdre. Cependant, j’hésite encore aujourd’hui à le qualifier d’« être » car il s'agissait plutôt d'un « cube ». Oui, un cube parfait, de couleur vert pâle, avec tout de même un visage sur une des facettes. Tout en descendant du plafond dans un mouvement de rotation très lent et régulier, ce visage d’homme aux sourcils fournis me souriait sans cesse. Mais sans savoir pourquoi, son expression me dérangeait car elle me paraissait toujours « malsaine ». J’avais à la fois envie de me cacher sous ma couette pour ne pas devoir supporter ce sourire qui me faisait peur et en même temps, j’essayais de ne pas détourner mon regard en espérant entrevoir la raison de sa visite nocturne. Lorsque son visage atteignait le niveau du mien, il se dématérialisait comme de la brume et sa disparition était toujours suivie d’un nuage d’étoiles filantes qui tourbillonnait à travers toute la pièce. Lorsque tout redevenait silencieux, j’étais enfin apaisé et prêt à me laisser tomber dans les bras de Morphée.

 

Cette « cérémonie » a duré jusqu’à l’âge de quatre ans environ puis, sans que je me souvienne exactement comment, elle a tout simplement cessé d’exister. Jusqu’à ce que je me rende compte plus tard de la particularité de ces événements, je pensais que tout le monde voyait le même genre d’images avant de s’endormir. Lorsque j’ai parlé pour la première fois à ma mère de ces anecdotes, totalement anodines à mon sens, elle m’a répondu avec un air inquiet que cela n’existait pas et qu’à priori, j’avais dû rêver. Mais dois-je admettre que ces visites n’ont jamais existé ? Ou suis-je tout simplement devenu incapable de percevoir ces êtres étranges qui nous entourent depuis la nuit des temps ? Est-ce que ne plus croire au Père Noël, aux fées, au dragon et au service à thé qui danse dès que nous avons le dos tourné, veut dire que nous sommes devenus adultes ? Ne signifie-t-il pas plutôt que le savoir et la raison nous ont rendus aveugles face à l’univers magique devant lequel nous étions ô combien émerveillés à l’âge tendre ? Avons-nous les moyens d’entrevoir à nouveau ce monde parallèle et de retrouver nos amis fantastiques ? Sommes-nous encore capables de s’extasier devant un tour de magie, de se pâmer en écoutant l’histoire d’une princesse, de s’inquiéter sur le sort d’Ulysse transformé en pourceau par la méchante Circé et de voyager à travers la forêt sombre en compagnie du Roi des aulnes… ?

 

Laissons de côté notre cartésianisme et nos bonnes manières. Allons voir ce qui se passe ailleurs en marchant pieds nus dans la prairie, en escaladant t le vieux mur en pierre de la maison hantée et en s’introduisant dans une bibliothèque abandonnée pleine de livres et de partitions... Je suis sûr que nos vieux amis sauront nous accueillir comme si nous nous étions quittés hier. 


 

Takénori Némoto

Directeur artistique