Concerts & Festival Musica Nigella
Thème 2013 « Enfances »
"Voyageons sur la voie lactée et mangeons la maison en pain d’épices" par Takénori Némoto

Lorsque nous parlons de l’enfance, elle est souvent définie comme une période candide où l’amour, la bonté et la douceur sont omniprésents et nous envoie une image d’un être pur et innocent dans laquelle nous essayons tant bien que mal de retrouver cet âge tendre que nous croyons tous fermement avoir vécu nous-mêmes. Mais avons-nous été tous aussi angéliques les uns des autres comme dans les contes de fée ? N’est-ce pas un souvenir filtré par notre cerveau, le plus performant de tous les animaux terrestres … ?
Comme le bien ne pouvant exister sans le mal et comme la lumière créant toujours l’ombre, la tendresse est sans doute le reflet de la cruauté et la bonté se trouve sûrement dos-à-dos avec la méchanceté. Mais si nous n’arriverons jamais à dénicher un être parfait dépourvu de toute barbarie parmi les 350 000 enfants qui naissent chaque jour sur notre planète, ils ont tous une qualité, une grande, que les adultes les plus ingénus ont perdu en grandissant : l’imagination.
A notre époque où l’humanité cherche à trouver par tous les moyens une « vérité absolue » en matière de science, de médecine et de mathématique, l’homme est attiré par un univers où justement la « vérité absolue » n’existe pas, comme les films de science-fiction, le monde de la magie, la gastronomie sans oublier l’art. Cet engouement de la recherche du plaisir des sens que nos aïeux auraient sans doute qualifié de décadent, n’est rien d’autres que le désir de retourner vers nos enfances où l’imagination sans borne nous permettait de nous évader au-delà des galaxies et d’aller rencontrer les fées cachées sous des fraises des bois.
Mais comment protéger cette imagination sans fin et développer la sensibilité chez les enfants dans un monde où les cinq sens sont encombrés par des parasites : la vue est troublée par la lumière artificielle éclairant nos villes nuit et jour à cause de laquelle il n’est plus permis de lever la tête vers l’infini du cosmos pour imaginer un train de nuit traversant la voie lactée, l’ouïe est saturée par la musique enregistrée qui pollue notre précieux silence tout au long de la journée où l’oreille n’est même plus capable d’entendre les pas des mulots ramassant le reste du petit-déjeuner sous la table de la terrasse, l’odorat n’aperçoit plus que la fumée infecte du gasoil crachée par les pots d’échappement qui écrase la douceur de la fleur de jasmin pourtant si proche de nous, le gout est ravagé par la série de produits chimiques et les aliments gonflés d’eau et d’hormone qui nous font oublier le vrai goût de la tomate murie au soleil gorgée de jus, et le toucher recule devant la pancarte « PRIERE DE NE PAS TOUCHER » par peur de se faire gronder par les autorités en uniforme qui empêchent le contact direct avec les différentes matières qui constituent les œuvres d’art dans nos musées…
Mais si la fantaisie laisse la place à la logique au fur et à mesure que nous devenons adultes, il en y a quelques-uns, notamment les artistes, qui ont réussi à garder une « âme d’enfant » jusqu’à la fin de leurs jours malgré leur connaissance approfondie du monde moderne. Regardez Ravel, qui souffrait d’insomnie chronique, a fait découper sur tous les volets de sa chambre, des trous en forme d’étoile afin que la lumière de jour pénètre à travers de ces derniers donnant l’impression de dormir, lorsqu’il y parvenait, sous un ciel étoilé en pleine journée. Ce dandy aux cheveux argentés était toujours attiré par l’univers onirique des contes de fée. L’enfant et les sortilèges, le symbole de sa fascination envers le monde imaginaire des enfants, sort de sa plume alors qu’il allait fêter ses 50 ans.
Voulez-vous que vos enfants gardent leur esprit libre et créatif ? Et bien, initiez-les à la musique, à l’art et à la littérature. Ce sont probablement les seuls remèdes contre la perte de l’imagination…
Takénori Némoto
Directeur artistique
(Dessin de Seiji Fujimori : Le train de nuit dans la voie lactée)