Concerts & Festival Musica Nigella
Thème 2012 « Tour du monde »
Note d’intention artistique par Takénori Némoto
Autrefois, partir dans des contrées lointaines inconnues était une véritable aventure. Lorsque les marchands hollandais sont arrivés au Japon au 17ème siècle, les Nippons les appelaient « les barbares du Sud » car « Ils ont un aspect physique étrange avec un gros nez, des gros yeux clairs et des cheveux roux. Ils cuisinent la tête de bétail dans de la graisse animale et la mangent à l’aide d’une fourche. Quelle horreur ! ». Et lorsque le shôgun a envoyé ses messagers au Pape à la même époque, ces jeunes Japonais aux yeux bridés étaient considérés presque comme des extraterrestres par les européens. Heureusement à nos jours, grâce à la rapidité de communication et à la facilité de déplacement, nous connaissons un peu mieux ce qui se passe ailleurs et la notion du « peuple de la terre » entre peu à peu dans nos pensées.
Et justement, bien que l’esprit de compétition demeure encore aujourd’hui entre les pays du monde, les événements internationaux comme les Jeux Olympiques ne sont plus un bras de fer entre différentes nations qui revendiquent leurs idéologies opposées ni un moyen de propagande d’un régime totalitaire à quelques exceptions près. Ils sont presque devenus une fête de l’humanité où on pousse à l’extrême la capacité physique de l’homme et où un athlète qui renouvèle un record du monde est applaudi par la planète entière quelle que soit sa nationalité. L’envie de dépasser sa limite pousse l’homme à s’entrainer pour aller toujours plus loin et pour sauter toujours plus haut.
Cette même envie a fait naître pendant la révolution industrielle du 19ème siècle les nouveaux modes de transport plus rapides comme le chemin de fer et le bateau à vapeur. Dans « Le Tour du monde en quatre-vingt jours » de Jules Verne écrit en 1872, ces moyens de locomotion modernes et rapides apparaissent comme un symbole de progrès fulgurant de l’humanité.
Aujourd’hui à l’aube du 21ème siècle, nous savons tous que la technologie de pointe rendra possible, dans un futur très proche, un tour similaire non pas en quatre-vingts jours mais plutôt en quatre-vingts minutes. Alors qu’avons-nous gagné en un siècle ? Le temps…? Certes, l’époque où Ravel traversa l’Océan Atlantique pour se rendre aux Etats-Unis sur un paquebot dans une cabine spécialement aménagée pour lui avec un piano et une énorme armoire pour sa garde-robe légendaire, est révolue depuis longtemps. Mais avec la rapidité de transport que nous connaissons aujourd’hui, est-ce que Jean Passepartout aurait pu connaitre autant d’aventures et de rebondissements aux côtés de son gentleman anglais Phileas Fogg ? Peut-on encore considérer un tour du monde en quatre-vingts minutes comme un voyage ou un simple déplacement d’un point à un autre… ? Bientôt un musicien fera-t-il une répétition à Toronto à 10h, un concert à Tokyo à 16h et un autre à Paris à 20h dans la même journée ?
Mais plutôt que de chercher à aller toujours plus vite en inventant les moyens de transport ultra modernes, n’est-ce pas plus agréable et plus séduisant de faire un tour de monde imaginaire en écoutant de la musique du monde entier à travers l’art vocal de toutes les époques et de se laisser bercer par les souvenirs des pays lointains que les compositeurs nous font partager par l’intermédiaire de leurs plus belles pages de musique ? Votre imagination va encore plus vite que la lumière et il lui suffit de quelques secondes pour atteindre les confins de notre galaxie. Alors asseyez-vous confortablement dans votre fauteuil. Nous partons faire un tour de monde en musique…
Takénori Némoto
Directeur artistique